« Avis à la Population », Et si on se prenait au jeu ?

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Namur, 3 juillet 2018

Le huitième numéro de notre journal « Avis à la Population » est paru. Développement d’initiatives et d’alternatives autour du vivre ensemble, du rapport à l’autre, au logement, à l’environnement, à l’économie sociale et solidaire… nous avons choisi d’aller voir ce qu’il se fait dans divers quartiers du grand Namur. Quatre articles pour quatre quartiers. Mais saviez-vous que Namur en compte 46 ?
Nous profitons des possibilités qu’offrent le numérique pour enrichir cet « Avis à la Population » estival.

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Notre collègue Sylvie Gérard est partie à la rencontre de Mike Tonet, membre du Comité de Quartier Salzinnes Ecoles, organisateur, animateur de soirées jeux de société.

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Mike Tonet a choisi de s’installer à Salzinnes il y a 10 ans. Il y vit avec sa famille et y observe la dynamique qui s’est mise en place depuis la création de divers comités de quartiers et des fêtes. Des initiatives qui génèrent de nombreuses activités proposées par des habitants et des commerçants.
Lui aussi s’est pris au jeu. Son temps libre, il le consacre au bénévolat, dans le sport et les loisirs, avec des jeunes, des moins jeunes, de différents quartiers. Une manière de se faire plaisir. De partager ses passions. Une manière aussi de dépasser des barrières d’âges, de langues et de cultures.

Sylvie Gérard : En tant qu’habitant, comment percevez-vous Salzinnes  ?

Mike Tonet  : Je pense que beaucoup de gens se disent  : on est namurois mais de cœur on est d’abord salzinnois. On sent depuis quelques années une volonté de s’investir, de savoir où l’on va mais aussi d’où l’on vient même si on n’est pas tous originaires d’ici. Il y a des gens qui sont issus d’un peu partout, notamment du milieu plus rural. Il y a beaucoup d’écoles, des kots aussi. On a envie de se connaître. Du coup, il y a pas mal de choses qui s’organisent comme le carnaval, la fête des voisins, une brocante, un barbecue, une boîte à livres, des jardins partagés… Ce qui motive, je crois, c’est l’idée de se rencontrer et de retrouver un peu cet esprit de village.

Sylvie Gérard : De par sa situation géographique, Salzinnes présente un certain nombre de caractéristiques, ça joue dans la dynamique qui se met en place  ?

Mike Tonet  : On est entre la citadelle et le centre de Namur. Il y a aussi la Sambre et la ligne de chemin de fer qui délimitent les espaces.
Namur a beaucoup de grands projets et, pour certains, Salzinnes est un peu oublié. On a envie que nos quartiers soient propres, vivants et s’inscrivent dans un développement durable. C’est en partie pour ça que s’est créé «  Salzinnes Demain».
Dans ce collectif, on retrouve différents comités de quartier, des habitants, des commerçants, qui s’intéressent aux enjeux comme la mobilité, la mixité sociale, la qualité de vie, l’environnement.
Par exemple, il n’y a pas de parc à Salzinnes où l’on peut se promener, s’asseoir, discuter et s’amuser avec des enfants. Une proposition est faite en ce sens.

En janvier 2018, une rencontre avec des élus locaux a permis d’informer les habitants des projets urbanistiques comme celui de la future Maison administrative provinciale qui va réunir près du campus à Salzinnes, l’ensemble du personnel provincial du centre-ville.
Plusieurs groupes de travail ont été proposés au sein de ce collectif. Je fais partie d’un groupe qui a fait le tour de Salzinnes pour voir où il serait possible d’installer des panneaux d’affichages publics et informer des activités des quartiers. 
Ce qui serait intéressant, c’est d’accorder un espace ou un quota d’espace pour les habitants, sans quoi la communication est mangée par de plus grosses institutions. Peut-être aussi un relais média sur la page de la Ville avec un agenda des activités des différents quartiers du grand Namur  ? Communiquer sur les évènements et les initiatives locales est aujourd’hui un vrai casse-tête !

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A Namur, il y a un tas d’initiatives et un potentiel qui ne sont pas assez exploités et mis en valeur. On a l’impression que l’on ne peut rien faire  : on ne peut pas faire de bruit, on ne peut pas afficher, on ne peut pas mettre de fausses herbes par terre. Même pour l’organisation de pique-nique urbain, c’est difficile de rassembler et de faire un évènement avec des gens sans devoir remplir toute une série de formalités. Ça devient vite très compliqué.

Autre exemple, il n’y a aucun local pour se réunir ou préparer une activité alors qu’il y a des maisons abandonnées, des écoles, des salles paroissiales. C’est décourageant. Ça m’irrite énormément de voir que l’on fait de l’associatif, du bénévolat, et qu’on ne peut rien faire sans devoir débourser de l’argent et dépenser une énergie de fou. Ça tue l’initiative et je trouve ça dommage  !

Il y a un équilibre à trouver entre les grands projets de Namur et le soutien aux dynamiques locales. Tout est fait pour présenter une belle image de la ville, avec une nouvelle statue, une nouvelle place, un nouveau centre commercial et d’autres grands projets.
Attirer les gens de l’extérieur, c’est très bien mais ce n’est pas nécessairement ce dont on a besoin. Ce dont on a envie, c’est se poser en famille, se rencontrer entre amis, participer à des activités qui ne sont pas nécessairement grandes, ça peut être très simple et surtout se faire avec plus de spontanéité.

Sylvie Gérard  : De quel comité de quartier faites-vous partie ?

Mike Tonet  : Je suis actif dans le comité de quartier «  Salzinnes Ecoles  » qui regroupe des habitants proches de la place Berck sur Mer. Là, je propose par exemple des jeux en bois.
J’ai aussi animé, en tant que bénévole, des activités avec les jeunes de la Maison de quartier et de la Maison des jeunes aux Balances. Il y a 2 ans, on s’est rendu compte que chacun organisait un carnaval de son côté. On a eu l’idée d’organiser un évènement commun même si c’est parfois un peu compliqué de réunir différents quartiers.

Sylvie Gérard  : Il y a une barrière qui peut être aussi psychologique  ?

Mike Tonet  : Je crois. C’est ce que j’essaie de travailler.

Sylvie Gérard  : A travers des soirées autour des jeux de société par exemple  ?

Mike Tonet  : Le jeu, c’est une belle porte d’entrée. C’est ludique, ça permet à chacun de souffler, d’oublier le quotidien, de se rencontrer, de se découvrir soi-même aussi  !
Ce que j’aime, c’est que c’est un plaisir simple, accessible à tous, qui dépasse les barrières de la langue, de l’âge. Pas besoin d’être fort ou d’avoir une culture en particulier, on est tous sur un pied d’égalité, il faut juste s’entendre sur les règles.

Sylvie Gérard  : En pratique, ça se passe comment  ?

Mike Tonet  : Pour l’instant, on organise une soirée jeu une fois par mois, le vendredi soir, à la Maison des jeunes aux Balances. L’idée de départ, c’était de mixer les quartiers, que tout le monde joue ensemble  : les jeunes, les moins jeunes. Au début, on était dix, aujourd’hui, on est en moyenne une vingtaine.
On propose généralement une soirée à thème (jeux de dés, de cartes, de coopération…) Un animateur et quelques habitués sont là pour conseiller un jeu en fonction des affinités, créer des tablées et expliquer les règles. J’amène 30 à 40 jeux. Certains sont uniques, ils n’ont pas pu être commercialisés faute d’éditeur mais ce sont des jeux qui peuvent être super intéressants, qui permettent de découvrir autre chose, dans une ambiance et un esprit différent. Les gens viennent aussi avec les jeux qu’ils ont envie de proposer.
On a des enfants de 8-12 ans, des grands-parents de près de 70 ans, des adultes de 35-40 ans. Quand il y a des nouveaux, ils sont très vite intégrés.
Quand les gens viennent la première fois, ils me disent souvent  : «  Eh bien, je ne savais pas que c’était si chouette  !  » Il y a une telle variété de jeux aujourd’hui, il en sort plus de 1500 par an, que même sans être adepte au départ, on peut trouver le type de jeu auquel on va accrocher, en fonction de thèmes ou de dynamiques que l’on apprécie  : jeux tactiques, d’adresse, de mémoire, de hasard…
On invite aussi les participants à apporter un petit quelque chose à manger et à partager. Ça met une super ambiance. Du coup, les gens se voient parfois en dehors des soirées. Le jeu n’est pas une fin en soi. C’est un outil, une approche, qui contribuent à tisser du lien et à partager certaines valeurs, en plus du capital sympathie qui s’est créé en cours de soirée.

 


En savoir +

> Soirées jeux de société, une fois par mois, le vendredi à 20h00
À la Maison de Quartier des Balances, 14/2 Rue des Bosquets à Salzinnes.
Gratuit, ouvert à tous, dès 6 ans

> Sur Facebook, le groupe On joue à Namur

> Journal de quartiers Mag’zinnes

> Sur Facebook, le Comité de quartier Salzinnes-Ecoles

Photos d’illustration transmises par Mike Tonet.