La Semaine du Son 2020 : Une journée pour créer son podcast

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Lors de la Semaine du Son, le Centre culturel de Namur a accueilli pour la deuxième fois l’atelier podcast de Gérald Wang, cette fois-ci accompagné d’Emilie Bender.

Les participants ont travaillé sur un extrait du dernier roman de Romain Gary : « Les Cerfs-Volants » (1980) pour en extraire un podcast d’environ 2 minutes, fruit d’une expérimentation d’une journée aux Abattoirs de Bomel et dans le quartier.

 

Un podcast de Katja Johnson et Justine Montagner :

 

Un podcast de Linda Lefebvre et Maxime Dussong :

Un podcast d’Elodie Solinhac et Thierry De Smedt :

 

Un podcast de Simon Laroche :

 

Auteur : Romain Gary
Titre : Les Cerfs-Volants
Editeur : Folio (Gallimard)

 

les cerfs-volants romain gary

 

Il y avait, à quelques kilomètres de la Motte, un ravin au milieu des frênes et des bouleaux, au-delà de l’étang de Maze. Cette forêt, jadis exploitée pour la marine de Colbert, était tombée en sauvagerie ; on y trouvait de nombreux chênes rouges et un fouillis de buissons et de fougères, là où la hache avait autrefois fait son travail. (…) Je lui donnais encore un peu de liberté, là-haut, où il était chez lui, en déroulant la ficelle, lorsque je fus soudain bousculé, frappé et, sans lâcher le dévidoir, me retrouvai à terre, cependant que mon agresseur pesait sur moi de tout son poids. Je m’aperçus bien vite qu’il n’avait ni la force ni le savoir-faire de ses intentions belliqueuses et, bien que je n’eusse qu’un poing de libre, je n’eus aucun mal à me tirer d’affaire. Il se battit courageusement, à grands coups de poing désordonné, et lorsque je m’installai sur sa poitrine, lui clouant un bras du genou et l’autre de ma main, il s’efforça de me donner des coups de tête, sans autre résultat que de m’étonner, car c’était bien la première fois que j’inspirais à quelqu’un des sentiments aussi forts. (…) Finalement, épuisé, il demeura immobile, reprenant des forces, puis recommença à gigoter, cependant que je m’appliquais à le maintenir à terre, sans lâcher mon cerf-volant.

       Qu’est-ce que tu me veux ? Qu’est-ce qui te prend ?

Il s’efforça de me porter un coup de tête au ventre, mais il ne réussit qu’à heurter sa nuque contre une pierre.

       D’où tu sors ?

Il ne répondait pas. Je commençai à me sentir impressionné par ce regard bleu qui me fixait avec une sorte de fureur claire.

       Qu’est-ce que je t’ai fait ?

Toujours le silence. Il saignait du nez. Je ne savais pas quoi faire de ma victoire et, comme toujours lorsque je me sentais en position de force, j’avais plutôt envie de l’épargner et même de l’aider. Je me dressai d’un bond et reculai.

       Demain, à la même heure, dit-il.

Là-dessus, il me tourna le dos et s’éloigna.

       Eh, écoute ! Criai-je. Qu’est que je t’ai fait ?