Médiation autour du spectacle «Notre peur de n’être » de Fabrice Murgia, 2eme étape

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Nous vous parlions ici de la première étape de notre travail de médiation autour du spectacle « Notre peur de n’être » de Fabrice Murgia, à savoir préparer les élèves à une lecture critique du spectacle qu’ils allaient découvrir au Théâtre de Namur. L’étape suivante fut de debriefer avec les élèves, en ajoutant encore un peu plus de sens.

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En réponse à Fabrice Murgia…
Le jeudi 12 mars après-midi, les élèves de cinquième en option informatique de l’ITN (Institut Technique de Namur) se sont réunis aux Espaces culturels des Abattoirs. La semaine précédente, ils avaient découvert la pièce « notre peur de n’être » de Fabrice Murgia au Théâtre de Namur. Magali Company en charge de la médiation au Centre culturel de Namur/Théâtre de Namur, la comédienne Mélanie Delva ainsi que Benoît Laloux et Manuela Guisset animateurs à l’ACMJ (Action Ciné Médias Jeunes) leurs avaient concocté une séance de débriefing plutôt originale. Ils ont proposé aux jeunes de répondre à Fabrice Murgia en utilisant un des procédés techniques de son spectacle.

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Pour commencer, Mélanie Delva a fait découvrir aux élèves quelques exercices pour s’échauffer. Elle a attiré leur attention sur le fait que les comédiens construisent aussi leur personnage physiquement. « Pour eux, chaque partie du corps est importante ». Après quelques étirements, les jeunes ont également préparé leurs cordes vocales en fredonnant quelques notes.

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Une fois décontractés, les élèves ont partagé ensemble leurs ressentis sur le spectacle de Fabrice Murgia. Au fur et à mesure, un mind-map reprenant toutes les idées énoncées s’est construit. Il en est sorti que chacun avait perçu l’histoire différemment. Un des jeunes explique que pour lui, « les personnages sont tellement déconnectés qu’ils ont peur de naître dans la réalité ». Un autre ajoute que ce phénomène peut aussi arriver tout près de chez nous… Un ami à lui ne sort presque plus de sa chambre, « il reste enfermé toute la journée à jouer à des jeux vidéo » .

Ensuite, le moment est venu pour les jeunes d’entrer en scène et de se mettre dans la peau d’un comédien… Les animateurs ont cherché à faire vivre de l’intérieur un des processus utilisés par Fabrice Murgia. Pendant qu’un élève énonçait son message, un autre le filmait avec une caméra reliée à un projecteur. Derrière le « comédien », les images tournées étaient rediffusées en direct sur un grand écran.
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Les messages formulés par les jeunes se sont avérés variés. Certains étaient déçus par les nombreuses interrogations laissées sans réponse dans le spectacle. D’autres ont par ailleurs apprécié les questions existentielles que soulève la pièce, « si on ne se les pose pas, on meurt vite », raconte un étudiant. Ensuite, un élève a voulu féliciter Murgia pour « la parfaite machinerie » mise en place, il explique avoir pris plus d’une heure avant d’en comprendre le fonctionnement. Plusieurs élèves ont confié que le spectacle avait suscité beaucoup d’émotions chez eux et les a profondément touchés. Selon un autre étudiant « le spectacle peut permettre de réveiller certains jeunes totalement déconnectés de la réalité ». Une chose est sûre, ce spectacle ne les a pas laissés indifférents. La pièce de théâtre semble également avoir soulevé certaines craintes concernant le futur de ces jeunes. Pour certains, les nouvelles technologies, « Ça devient une drogue en fait, une addiction. Ça va nous dépasser ». Une question se pose alors : « Si notre génération ne sait pas toujours où sont les limites comment va-t-on savoir les mettre à nos enfants ? ».

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Une fois que chaque élève a eu l’occasion de jouer le rôle du comédien et du cameraman, une discussion s’est engagée sur ce qu’ils venaient de vivre… Comment ont-ils vécu le fait d’être filmés et reprojetés en direct lorsqu’ils s’exprimaient devant le public ? Pour certains, cela a permis de rendre l’exercice moins stressant alors que d’autres se sont sentis frustrés, car ils avaient l’impression de ne pas être écoutés. La proximité avec la caméra a parfois touché à leur bulle personnelle, à leur intimité. Ce procédé a permis de rajouter un niveau de communication en plus. Comme l’a justement relevé un élève, « cela permet de mettre en surbrillance certains éléments du corps, de capter les émotions, le non verbal : une main qui tremble, des pieds qui bougent… »

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Finalement, la richesse de cet exercice est que chaque élève a pu s’exprimer face aux autres et partager sa propre perception du spectacle… Leur professeure Madame Lalaoui a également voulu participer à l’exercice en remerciant Fabrice Murgia, car, grâce à sa pièce, des échanges intéressants ont eu lieu entre ses élèves. Concluons en citant un jeune : « La force de Murgia c’est d’être entre deux mondes, celui du cinéma et du théâtre et celui du virtuel et du réel ».

Texte et photos : Charlotte De Mesmaeker