Ne plus vivre à l’ancienne manière, un texte de Fabio Bruschi

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« Ne plus vivre à l’ancienne manière », un texte de Fabio Bruschi inspiré par la thématique « Pas de retour à l’anormal ». Ce texte s’inscrit dans le prolongement d’une réflexion collective publiée sur le site de POUR.

 

On pourrait penser que la crise est derrière nous et qu’on va revenir à la normale.

Mais il faut se demander ce qui est normal dans la vie sous le capitalisme.

Dans un système régi par le profit, la crise est toujours à l’horizon et jamais derrière nous.

Que la présente crise soit provoquée par un virus ne change rien à l’affaire.

Les catastrophes naturelles sont dépendantes des activités humaines suscitées par la course à la valorisation du capital.

Et l’on sait déjà que la crise sanitaire n’est que le début d’une crise économique encore plus violente.

Si bien qu’il n’y a pas de normalité sous le capitalisme.

Les dominants profitent très bien des crises pour relancer l’anormal, en pire.

En étudiant leurs réactions face à la crise climatique et la crise de 2008, on peut identifier une stratégie en trois phases.

La première phase est celle du déni.

Les principes néolibéraux d’organisation de la société et les acteurs qui les mettent en œuvre sont blanchis de toute responsabilité.

La crise climatique ne serait pas due à l’extractivisme capitaliste ; la crise de 2008 aurait été provoquée par la stupidité des débiteurs et par quelques traders égarés.

Aujourd’hui, la crise serait la faute à pas de chance, à la nature ou à la Chine ; on ne pouvait que réagir face à l’urgence et on ne pouvait donc pas faire autrement.

Face à cela, il faut enquêter, dénoncer et poursuivre les responsables économiques et politiques de la crise et de sa gestion.

Il faut attribuer la responsabilité.

La deuxième phase est celle de la recherche de solutions de marché à des problèmes provoqués par celui-ci.

A la crise climatique répond la construction du marché du carbone et le désengagement des Etats de toute politique climatique conséquente.

A la crise économique ?

La relance des marchés financiers et la transformation des Etats en lieux de décharge pour les crédits toxiques.

Aujourd’hui, de la mise en circulation des masques jusqu’aux plans de relance, les solutions de marché sont encore privilégiées.

Tout ceci crée un cercle vicieux.

Les solutions promues avec force par les pouvoirs publics déforcent l’Etat, en faisant de plus en plus du marché le seul recours possible.

Face à cela, il serait judicieux de recommencer à s’imaginer la prise en charge de la vie sociale par des formes de planification économique.

La troisième phase fait miroiter l’innovation technologique comme solution magique.

Après la géo-ingénierie pour la crise climatique et l’innovation financière pour la crise économique, on attend encore de découvrir la big solution biologique censée entretenir nos espoirs sanitaires.

Nous n’avons pas besoin d’innovations, mais plutôt du redéploiement d’une sécurité sociale massivement renforcée pour couvrir l’ensemble des besoins fondamentaux.

Même s’il est difficile de ne pas être pessimiste, on ne peut pas savoir quelle stratégie aura le dessus.

Ce qui est certain, c’est qu’il faut constituer des fronts de lutte pour faire en sorte que ceux d’en bas ne veuillent plus et que ceux d’en haut ne puissent plus continuer de vivre à l’ancienne manière.

 

Source littéraire : Philip Mirowski – Ne laissez jamais une crise sérieuse être gâchée.
Voix off : Vincent Tholomé
Musique : Surre Musica