Retour sur la résidence de Glauque

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Namur, le 4 décembre 2018

 

Fondé en septembre 2017, Glauque naît d’une rencontre entre Louis, rappeur du groupe, et Adrian, étudiant à l’IMEP. Le premier écrit et veut se lancer dans le rap depuis longtemps, le second produit et souhaite travailler avec un rappeur… Après un premier concert au mois de février, et l’arrivée des trois autres membres du groupe Lucas, Baptiste et Aaron, le groupe prend sa forme finale. Ensemble, il propose une musique originale entre rap et musique électronique.

De passage aux Abattoirs de Bomel pour une résidence après avoir remporté le concours « My Court Circuit – Beautés Soniques 2018″, puis pour répéter en vue du Concours Circuit au Botanique, nous en avons profité pour les rencontrer et interviewer Louis et Aaron autour de leur projet.

 

 

 

Bonjour Louis, récemment tu as décris Glauque comme un groupe de rap alternatif… Au-delà de l’alternative à l’uniformisation du style, qu’entends-tu par là ? Comment peut-on décrire votre musique ?

 

C’est un problème d’accord sur les termes déjà au sein du groupe. Il y a en a deux, trois qui ont du mal avec le terme « rap »…

 

Parce qu’ils n’écoutent pas ça d’habitude ?

 

Parce qu’ils n’écoutent pas ou peu de rap francophone en tout cas. Pour eux, on fait de la chanson française. Pour moi, on fait du rap. Maintenant c’est sûr que la frontière est devenue tellement étroite… Quand on est revenu du concert d’Odezenne à Bruxelles, j’écoutais Noir Désir et je me disais qu’il rappait alors que c’est considéré comme de la chanson française. A l’inverse, quand j’écoute Lomepal, je me dis qu’il chante, qu’il ne rap pas. A part pour les gens, nous ça nous sert pas à grand chose, on ne cherche pas vraiment à mettre un style sur ce qu’on fait. On fait chacun ce qu’on a envie de faire et dans nos compétences. Pour moi notre musique est un exutoire et je pense que c’en est un pour tout le monde. C’est plus un moyen de s’exprimer vraiment sur des choses qu’on a envie de dire et dont je suis le porte-parole.

 

Quelle est votre vision du rap comme nouvelle musique populaire ?

 

Moi je trouve ça bien. C’est comme le rock dans les années 60-70… Ca a commencé comme un mouvement de révolte puis maintenant ça s’est généralisé et c’est ce que tout le monde écoute. Je vois ça positivement parce que plus ça devient « généraliste », plus il y a des formes différentes qui émergent aussi. Ca force les gens à créer de nouvelles choses et puis aussi le rap, quand il est né dans les années 90, c’était une nouvelle manière de faire de la musique avec les samples et tout ce qui s’en suit… Le phrasé/parlé ce n’était pas quelque chose de courant dans la musique donc je pense que c’est bien d’avoir une sorte de renouvellement et je pense que c’est un cycle… D’ici une quinzaine d’année ce ne sera plus le rap, il y aura un autre truc qui sera arrivé.

 

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Photo: Elodie Grégoire

 

Dans d’autres interviews vous citiez de nombreuses et diverses influences comme Son Lux, Avishai Cohen, Balthazar, Odezenne ou Nekfeu… Ca vous arrive de vous engueuler sur vos goûts musicaux ?

 

Non. Aaron et moi on écoute beaucoup de rap alors que les autres vraiment pas. On n’a pas d’a priori sur ce que les autres écoutent, on est plus dans un truc de découverte de ce que chacun écoute. Ce qui est drôle c’est qu’il y a le groupe des musiciens qui écoute peu de rap et nous deux, les rappeurs, qui écoutons principalement du rap… Mais on ne s’engueule presque jamais, moi il y a des trucs que j’ai un peu honte de leur montrer comme SCH parce que je sais que ça ne leur plaira pas mais ils n’ont pas d’à priori, et nous non plus. C’est plutôt cool parce que ça nous permet de nous enrichir musicalement aussi.

Quand Lucas et Baptiste sont arrivés, il y avait certaines choses dans la musique qu’ils trouvaient cools mais qu’ils ne rattachaient pas du tout au rap… Le côté musical et moins rap c’est encore plus développé quand ils sont arrivés parce qu’eux ils ne voulaient pas spécialement faire du rap, ils trouvaient juste qu’on touchait à certaines choses qui étaient sympas pour eux. En fait on s’est réuni autour du fait de faire de la musique ensemble. Cela a cette forme-là mais cela pourrait très bien ne pas du tout être ça dans un an ou deux ans.

 

Quelles sont vos autres sources d’inspiration en dehors de la musique ?

 

Moi je lis beaucoup, je pense que c’est nécessaire pour écrire. Mon frère je sais que c’est un malade mentale de la musique, de tout et n’importe quoi. Il a un côté un peu autiste… Notre nom de groupe vient d’un cadeau de Noël qu’il a reçu, un livre avec toutes les teintes de couleurs, limite c’était un catalogue pantone. (rires) C’est comme ça qu’il a découvert que glauque était une teinte de vert… Lui je pense qu’il est inspiré par tout, moi c’est vraiment la littérature.

Aaron : Moi et Baptiste c’est plus les ambiances musicales de certains films ou certaines séries comme par exemple dans Blade Runner.

En littérature, il y a un mec qui, je trouve, a une écriture ultra rap, et c’est marrant parce qu’il vient d’un milieu ultra-bourgeois, c’est Beigbeder. J’ai commencé à écrire en même temps que j’ai vraiment commencé à lire et tu te rends compte qu’il y a des croisements auxquels tu ne t’attends pas entre le rap et la littérature.

 

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Photo: Elodie Grégoire

 

Peux-tu nous parler de votre processus de création ? Vous commencez par l’écriture, vous travaillez musique et textes de manière séparée avant de voir les assemblages ?

 

C’est fort variable. Les musiciens ont des prods qui trainent partout sur leurs ordis et moi j’ai des bloc-notes remplis de textes. Il y a des chansons qu’on a faites où ils m’envoyaient la prod et j’ai pondu le texte dessus… Des fois, c’est moi qui leur envoyais un texte et il y avait une prod qui pouvait aller avec… Ou qui faisait penser à ça… Alors on essaye de les accorder, on réadapte la prod ou le texte au fur et à mesure… On fonctionne vraiment dans tous les sens.

 

Que travaillez-vous en priorité lors d’une résidence ou d’une répétition dans un lieu comme les Abattoirs de Bomel ? Quelles sont les choses que vous pouvez faire ici (ou mieux faire ici) plutôt qu’ailleurs ?

 

Travailler avec du son, pouvoir jouer à haut volume et avoir un endroit où tu peux répéter pendant dix heures sans que des gens viennent te tuer c’est déjà bien. Après on a quand même plus de place et on est dans un endroit propice à une activité artistique entre guillemets. Quand on répète ici plutôt que dans un appart, on est plus conditionné à jouer comme si on était sur scène, c’est plus facile pour se mettre dedans.

 

Quels sont les enseignements que vous retirez de la résidence puis du concert à la Brasserie de l’Echasse dans le cadre du festival Beautés Soniques ? Cela a du être assez particulier pour vous de jouer après un brunch ?

 

C’était bizarre mais c’était une expérience à avoir, surtout qu’on ne considère pas qu’on fait de la musique qui doit se jouer en plein soleil, en pleine après-midi à une kermesse… On a un style qui est plutôt sombre. Et puis c’est important de jouer dans un contexte où tu n’es pas dans ta zone de confort, sur une vraie scène où tout est dans le noir et les projecteurs sur toi. C’est super intéressant de vivre ça maintenant, au début, pour comprendre ce qui fonctionne quand tu es dans une salle et qu’il est 23h mais qui n’est pas approprié ici. C’est une question aussi de se dire : « ok il faut peut-être qu’on ait différents types de sets pour les différents endroits où on joue et pour pouvoir s’adapter. »

 

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Photo: Elodie Grégoire

 

Et comment s’est passé le travail avec Kaer (Starflam)?

 

On avait déjà travaillé avec Kaer au Belvédère et ici, c’est un peu de notre faute, on n’avait pas eu assez de temps pour bosser avant qu’il ne revienne donc on a surtout essayé de bien ancrer les choses qu’il nous avait apprises la première fois. C’était quand même super important, parce qu’on travaille beaucoup en dernière minute, d’avoir des points où tu peux te raccrocher, des points où tout le monde sait ce qu’il doit faire à tel instant et que tout soit millimétré surtout pour nous en terme de déplacements sur scène : savoir qu’à tel moment tu es là, à ce moment-là tu bouges et tu vas là ou tu fais tel signe…

 

Comment aborde-t-on un concours comme celui de Court Circuit ? Et plus spécifiquement la finale dans une salle renommée comme celle du Botanique ?

 

C’est simple, on ne dort plus (rires). Moi je ne suis pas quelqu’un de stressé de base mais là c’est différent… Le Botanique ça représente beaucoup pour moi, c’est vraiment un rêver de jouer là donc c’est une pression de malade que je me mets qui n’est même pas tant vis-à-vis de la finale que plus du fait qu’on joue au Botanique… Je me dis qu’il faut qu’on assure !  Je sais que Lucas n’est pas du tout stressé, c’est comme ça.

Aaron : Moi j’ai l’excitation et la peur de jouer sur une scène aussi grande. C’est à la fois enivrant et on n’a aussi peur de se perdre dessus… Surtout qu’on n’a jamais abordé cette scène-là avant.

On la connaît depuis le rôle de spectateur c’est tout… Baptiste et Adrian sont aussi stressés à leur manière mais pour le moment ça va, on ne se gueule pas dessus, on est tous stressés dans notre coin avec nos deux heures de sommeil quotidiennes.

 

Comment voyez-vous l’avenir ? Une sortie de prévue ? De nouvelles dates ?

 

On sort un clip la veille de la finale ! On est content, c’est un clip qu’on a fait nous-même avec un chouette concept… On est assez fier ! Niveau sortie, ce sera fort dépendant des retours et des retombées qu’on aura après la finale, on aimerait bien sortir un album à moyen terme mais on n’a pas encore une idée précise d’une deadline.

Aaron : Surtout que le travail studio n’a jamais été notre priorité.

Oui, on travaille actuellement uniquement pour du live en fait. Toutes les maquettes qu’on a ont 6 mois, il n’y a plus aucune chanson qui est actualisée sur maquette… On travaille que sur du live parce qu’on n’a pas le temps de travailler le live et de faire des maquettes à côté.

Aaron : Puis parfois quand tu rap dans un morceau c’est tellement différent de ce que tu peux faire maintenant…

Du coup, pour ce qui viendra après, on laisse venir… On n’a pas vraiment d’attente spécifique plus loin que la finale.

Aaron : On va se laisser porter par le flow !